Togo: la liberté de presse à l’épreuve des dérives répétitives

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La liberté de presse chèrement acquise par les professionnels des médias est quotidiennement renforcée par l’Etat togolais au fil des années. Malheureusement depuis quelques temps, d’intolérables dérives s’invitent dans le travail des journalistes, annihilant ainsi les efforts consentis par les gouvernants.
Libéralisée dans les années 90, la presse va connaître plusieurs mutations non seulement au niveau des textes qui régissent et encadrent la profession mais aussi et surtout au niveau des organes qui animent cette corporation.
Du code de la presse répressif au code de la presse dépénalisé
Le code de la presse et les différents arsenaux qui balisent le travail de journalistes au lendemain de la libéralisation de l’espace médiatique sanctionnait durement les dérapages et différents délits de presse auxquels pouvaient s’adonner allègrement les acteurs de médias. Ainsi plusieurs journalistes ont été incarcérés pour des articles, soit diffamatoires ou attentatoires à l’honneur d’honnête citoyens.
En 2004, la presse togolaise va connaître un nouveau jour avec la dépénalisation des délits de presse.
Depuis ce temps, des journalistes ont vite fait de confondre liberté et libertinage, bien qu’aucune liberté n’existe sans responsabilité.
Cette situation obligera le gouvernement à multiplier des rencontres nationales et internationales pour inciter les journalistes à plus de professionnalisme. Pour démontrer l’importance que revêt la liberté de presse le Chef de l’Etat a marqué par deux fois son accord pour la tenue des assises de la presse francophone dans notre pays. Les Etats généraux de la presse tenus à Kpalimé en 2014, ont mis le professionnalisme au cœur des travaux. Les recommandations issues de ses assises sont progressivement mises en œuvre.
L’aide de l’Etat qui jadis était à 50 millions de francs a connu des augmentations au point d’atteindre le pic de 350 millions avant de redescendre à 150 millions. L’on dira que ce montant n’est pas conséquent lorsqu’on le compare à la pratique dans d’autres pays mais la plus belle fille ne peut donner que ce qu’elle a.
Malgré ces efforts et les séances de formations et de sensibilisations à l’endroit des professionnels de médias d‘importantes dérives préjudiciables à toute la corporation et parfois au pays tout entier sont observées. Pour ne pas laisser les brebis galeuses prospérer, le législateur a donné des pouvoir coercitifs à la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la communication.
LA HAAC, le régulateur et le gendarme ?

Institution de la République chargée de la régulation des Médias, la HAAC a toujours joué sa partition dans la promotion et la protection de la liberté de presse mais face aux dérapages mineurs elle procède par pédagogie en rappelant les contrevenants à plus de respect des règles du métier. Cependant lorsque les cas sont extrêmes, la HAAC, arborant la peau de régulateur se trouve obligée d’user de son pouvoir de coercition que lui confère la loi pour sévir.
La loi organique de la HAAC adoptée en 2019 dispose en son article 63 que : « L’autorisation ou le récépissé peut être retiré sur ordonnance contradictoire rendue par le Président du tribunal territorialement compétent selon la procédure d’urgence sur requête du Président de la HAAC dans les cas suivants:

– Du refus délibéré de respecter le professionnalisme, la déontologie et l’éthique »

C’est d’ailleurs cette disposition qui est utilisée par la HAAC pour saisir le Juge d’instruction aux fins de retrait du récépissé à Carlos Ketohou, Directeur du Journal l’Indépendant Express.
En effet, interpellé par la gendarmerie pour un article qu’il n’a pu justifier, puis libéré après d’âpres négociations de la HAAC, Carlos Kétohou est attendu devant le juge ce 11 Janvier pour s’expliquer sur ses écrits.
Aujourd’hui, un simple regard dans le rétroviseur permet de reconnaitre que dans la recherche de professionnalisme pour les journalistes privés le gouvernement s’est énormément investi.
Pour preuve le projet PROFAMED de l’ambassade de France avec le gouvernement illustre bien cette volonté gouvernementale. La balle est désormais dans le camp des hommes de médias afin qu’eux aussi jouent convenablement leurs partitions pour éviter que les nombreuses dérives viennent assommer la liberté de presse de notre pays.

Lire également : Togo / un nouveau code de la presse pour plus de liberté et de solidité économique pour les entreprises de presse

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