Une profonde récession est à venir. Voici les secteurs les plus à risque, selon Citi

Economie & Finance

Les économistes de Citi ont réduit leurs estimations du PIB pour 2023 et prévoient désormais une contraction de 1% pour la zone euro et de -2% pour l’Allemagne. Un retour au potentiel économique d’avant la pandémie de Covid-19 semble hors de portée à moins que la coordination monétaire et fiscale ne produise une forte accélération des investissements, a souligné Beata M Manthey, stratégiste chez Citi, avertissant que cette récession plus profonde impliquerait une contraction de 10 % des bénéfices par action (eps, ed) au cours des 12 prochains mois.

Citi abaisse l’objectif de l’indice Stoxx Europe 600 à 475 points

“Nous pensons que les marchés d’actions, ainsi que certaines variables macroéconomiques, ont évolué de manière à prévoir une contraction de 5 % de la valeur ajoutée, mais pas une récession. Par conséquent, nous abaissons notre objectif pour l’indice Stoxx Europe 600 pour le milieu de cette année à 475 points (439,21 points, +0,21% le 1er août). Mais il n’y a pas que des mauvaises nouvelles. L’évolution des attentes en matière de politique monétaire et/ou budgétaire pourrait favoriser une réévaluation des actions européennes”, a souligné Beata M Manthey, convaincue que l’action politique contribuera à compenser les vents contraires résultant de la réduction de l’offre de gaz et du resserrement des conditions financières. Toutefois, a-t-elle répété, “il sera difficile d’éviter une récession importante”.

Coût de la consommation de gaz plus élevé, approchant 6 % du PIB dans le cas de l’Allemagne

D’autre part, la hausse des prix du gaz et de l’électricité a entamé la confiance des ménages et des entreprises, tout en créant des vents contraires pour la production industrielle. Au niveau actuel du prix du gaz naturel européen (200 euros par MWh), le coût de la consommation de gaz en Allemagne en 2021 serait proche de 6 % du PIB, contre 0,3 % en 2019. Pour l’ensemble de l’UE, le coût passerait de 0,4 % à près de 7 % du PIB. L’industrie manufacturière utilise près de 30 % du gaz allemand. Les industries les plus menacées sont les produits chimiques, le papier, le ciment/la céramique et les métaux de base. Compte tenu des contraintes d’approvisionnement actuelles, ces industries devraient réduire de moitié leur utilisation pour garantir des niveaux de gaz suffisants à l’avenir. Les économistes de Citi estiment qu’une réduction de 50% de la production de ces industries contribuerait à une baisse de 1,5% du PIB.

Soutien des interventions budgétaires et des hausses de taux de la BCE

Tout ralentissement de la croissance serait probablement compensé par des interventions budgétaires. Il pourrait s’agir d’un soutien ciblé aux entreprises sous la forme de prêts à faible coût garantis par l’État afin de préserver la liquidité des entreprises et de programmes de licenciement pour éviter les suppressions d’emplois. De plus, à court terme, “les hausses de taux par la BCE pourraient se poursuivre, voire s’accélérer. Mais lorsque la récession frappe et que les gouvernements doivent soutenir l’économie, la coordination monétaire-fiscale pourrait revenir, ce qui signifie que les taux pourraient atteindre un pic d’ici la fin de l’année”, a prédit Beata M Manthey.

Légère contraction du chiffre d’affaires prévue cette année : -2%, mais -10% en 2023.

Sur la base des nouvelles projections des économistes de Citi, l’expert s’attend désormais à une légère contraction du résultat opérationnel courant cette année (-2% contre +3% prévus précédemment), en raison de la baisse des indices PMI de la zone euro ces derniers mois, et à un -10% jusqu’à mi-2023. Le consensus des analystes voit encore +9% cette année et +6% en 2023. “Si l’on exclut les secteurs des matières premières : énergie/matériaux, les prévisions de croissance du résultat opérationnel par action semblent plus raisonnables à +1% pour 2022. Nos stratèges en matière de matières premières prévoyant une baisse significative des prix du pétrole en raison de la destruction de la demande induite par la récession, les bénéfices du secteur de l’énergie pourraient également être menacés”, ajoute l’expert de Citi.

Les secteurs potentiellement les plus durement touchés par des pertes de revenus de 10 %.

Beata M Manthey a également analysé l’impact potentiel sur les secteurs d’une contraction globale de 10% du PIB en Europe continentale. Eh bien, les secteurs des matériaux, de la finance et des biens de consommation pourraient chacun subir une contraction des bénéfices de 14 à 16 %. Les secteurs des soins de santé et des biens de consommation de base devraient faire mieux.

Au niveau des sous-secteurs, selon le modèle de Citi, l’assurance (-13%), la banque (-14%), le transport (-32%) et l’automobile (-58%) connaîtraient des contractions plus importantes que l’eps. “Tous les produits cycliques ne sont pas les mêmes. Cette fois, nous craignons que l’impact sur les produits chimiques soit plus important, étant donné le risque de rationnement du gaz. Nous sommes déjà sous-pondérés en produits chimiques dans notre stratégie sectorielle et nous avons rétrogradé les ressources de base à neutre pour les mêmes raisons”, a suggéré Beata M Manthey.

Pour des scénarios plus baissiers, la figure montre les contractions des eps pendant la grande crise financière de 2008-2009 (eps -51%) et la crise souveraine de la zone euro de 2011-2014 (eps -16%). “Nous pensons, nous espérons, que cette dernière contraction sera plus semblable à celle de 2011-2014 qu’à celle de 2008-2009”, a conclu Beata M Manthey.

(reproduction restreinte)