Togo-Benin : Entre Conférences Nationales et politiques actuelles

Il y a 25 ans, le vent de la démocratie et du multipartisme qui soufflait sur l’Afrique occidentale a ébranlé plus d’un pays. Au Togo, les manifestations de rues qui ont menacé la quiétude du pays ont poussé à l’organisation d’une Conférence Nationale, afin de résoudre les crises sociopolitiques  qui devenaient menaçants.

Il a fallu des mois de tergiversations, pour qu’Eyadema reconnaisse et permette une telle rencontre sans toutefois laisser  le pouvoir à quiconque de le destituer

Le 8 juillet 1991 s’ouvre dans la salle Fazao de l’hôtel du 2-Février à Lomé la tant attendue Conférence nationale. Le président Eyadema Gnassingbé tient un discours particulièrement dur et réitère que le principe de la tenue d’une Conférence nationale constitue une forme de coup d’État civil. Bien avant, il a fallu des mois de tergiversations, pour qu’Eyadema reconnaisse et permette une telle rencontre sans toutefois laisser  le pouvoir à quiconque de le destituer, fût-il homme de Dieu. D’ailleurs, le timonier en était un ! Suivant un protocole bien rodé, un bureau de séance (le Praesidium) sera élu le 13 juillet, avec à sa tête Monseigneur Kpodzro Fanoko Philippe. Deux jours plus tard, ce dernier prononcera un discours qu’on retiendra de lui, dans lequel il paraphrase le comte de Mirabeau lors des États généraux français de 1789 : « Nous sommes ici par la volonté du peuple, et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ». L’atmosphère est délétère pour Eyadema.

A l’Est du pays, le Bénin venait de donner un exemple de transition démocratique à l’Afrique de l’Ouest : lors d’une Conférence nationale tenue en février 1990, il n’a pas fallu plus d’une dizaine de jours pour que le régime marxiste-léniniste de Mathieu Kérékou initie une profonde mutation politique. Dès lors, l’opposition togolaise qui n’a de soif que de voir Eyadema partir n’aura de cesse d’exiger le modèle béninois. Après des mois de grèves et de manifestations ponctuées de nombreuses morts au sein de la population, un accord est signé le 12 juin, avec le concours de l’ambassadeur de France, entre le président et l’opposition. Celui-ci semble ouvrir la voie à la tenue de la Conférence nationale tant désirée. L’accord stipule sans ambiguïté que « les orientations et décisions de la Conférence nationale ne seront pas remises en cause par le chef de l’État ».

Commence dans ce petit pays de tas de travaux de cette Conférence Nationale, avec principalement pour souhait de l’opposition, de voir partir un Eyadema que même un torrent du multipartisme ne fera jamais bouger plus tard.

Emouvant !

En ce quart de siècle, le destin de beaucoup de pays de l’Afrique de l’Ouest s’est écrit, et pour quelques uns, la démocratie a pris un envole sur une solide piste comme celui du Benin

25 ans après cette fameuse conférence, les souvenirs ne sont plus que vagues. Et l’on se demande si un jeune d’aujourd’hui pourrait replacer, cette conférence dans son contexte. Mais ce qui reste émouvant, c’est qu’en ce quart de siècle, le destin de beaucoup de pays de l’Afrique de l’Ouest s’est écrit, et pour quelques uns, la démocratie a pris un envole sur une solide piste comme celui du Benin,  tant on doit à Kerekou, la réussite de « sa » Conférence Nationale. Si à l’unanimité, on reconnait une réussite de la Conférence Nationale Béninoise et une défaite de celle togolaise, c’est parce qu’à un moment, les envies fortement politisés des uns de court-circuiter le départ du président Eyadema ont dominé l’option de reculer pour mieux sauter.

Ironie du sort, le passé rattrape toujours et l’élection présidentielle de 2015, à l’image de cette conférence,  a montré une opposition politique togolaise misant sur le pouvoir de la rue pour faire chasser le président actuel quand il se préparait à un troisième mandat, en oubliant qu’il y a une autre force : l’Assemblée Nationale. Le principe de la rétroactivité ou non de la loi a conditionné le débat, du début à la fin. Le résultat ? Faure Gnassingbé a été réélu pour son troisième mandat dont un an brûlé déjà. Et toujours rien d’acquis pour l’opposition politique, qui après avoir tout essayé, est désormais en quête de repères. La loi portant réformes constitutionnelle introduite par l’ANC et l’ADDI a peu de chance d’aboutir. Paradoxe, en ce même moment au Benin, les travaux sur les réformes politiques et la question du mandat unique du nouveau président Patrice Talon mènent encore bon train. Et si au Togo, dans les coulisses de l’Assemblée Nationale on parle d’une cinquième République qui verra les ans de Faure Gnassingbé au palais de la Marina prorogés d’au moins une décennie encore, il faut le reconnaitre : quand on a le pouvoir, on l’exerce.

Innocent AZILAN

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