Pression au travail : savoir y faire face

Il n’est pas toujours évident de savoir mettre de la distance entre soi et son travail. Résultat ? La pression monte… Attention à l’explosion ! Rencontre avec Michelle Jean-Baptiste, auteur de Libérez-vous de la pression au travail (éditions Fortuna) pour apprendre pourquoi il est important de ne pas laisser la pression vous envahir et surtout, comment faire pour ne pas en arriver là.

Rencontre avec Michelle Jean-Baptiste, auteur de Libérez-vous de la pression au travail

Comment définissez-vous la pression au travail ?
La pression au travail est une tension, une souffrance, un mal être qui s’exprime souvent lorsque les attentes et la charge de travail sont trop importantes face à des ressources en énergie ou en temps trop limitées. C’est aussi l’absence de reconnaissance ou de valorisation quelques soient les efforts fournis. Dans tous les cas, c’est un déséquilibre qui pèse sur l’intégrité physique et morale des personnes qui en souffrent.

Dans quelle mesure l’environnement de travail peut-il influencer sur notre niveau de pression ?
L’environnement de travail (que l’on parle de lieu de travail, de la configuration des locaux, de la température, du bruit, de la promiscuité ou, inversement, de l’isolement) a un vrai impact en termes de pression car il s’agit là aussi d’une agression physique et psychologique. Dans la « case environnement » il faut aussi parler de l’ambiance générale au travail. On sait très bien qu’un métier objectivement pénible mais exercé dans une bonne ambiance, où l’humour et le respect sont les bienvenus, avec des collègues sympathiques sera perçu comme beaucoup moins douloureux qu’un métier facile mais exercé dans un environnement anxiogène où l’agressivité et les incivilités sont quotidiennes.

Prendre conscience que l’on est sous pression est-ce déjà commencer à s’en libérer ?
Absolument. La prise de conscience est la première étape pour engager des actions concrètes. Si on ne sait pas d’où vient le problème, si on n’identifie pas la cause, comment voulez-vous trouver la solution ? Et puis la prise de conscience signifie aussi que l’on se positionne de nouveau en acteur de sa vie professionnelle. « Prendre conscience » est le préambule de « prendre les choses en main ». Mais pour prendre conscience il faut vraiment aller à la source et non pas juste se contenter d’un vague ressenti. La première chose que je recommande aux participants de mes Master Class par exemple est de se reconnecter à leur échelle de valeurs et à leurs priorités. Il est crucial de savoir ce qui a de l’importance pour soi. Ensuite je leur demande de rapprocher ces valeurs et ces priorités de ce qu’ils vivent réellement dans leur quotidien professionnel et de constater les points de rapprochement et surtout les contradictions. Car c’est parce qu’il y a des contradictions qu’il y a de la pression. Si dans votre échelle de valeur il y a « fournir un travail de qualité » ou encore « être au service et à l’écoute des autres » par exemple et que votre poste actuel, votre hiérarchie, l’organisation du travail vous obligent à bâcler votre travail et à ne pas privilégier les échanges avec vos interlocuteurs vous aurez repéré une des causes du problème et vous pourrez commencer à agir dessus.

Quelles peuvent-être les premières étapes pour se soulager de la pression professionnelle qui nous oppresse ?
La première, toute première étape pour se soulager de la pression est de RES-PI-RER car la pression s’attaque toujours en premier à notre corps. On a mal au ventre, à la tête, au dos. On manque d’air. Se sentir sous pression c’est se retrouver en « mode cocotte-minute ». A un moment il faut relâcher et s’oxygéner sinon c’est l’implosion ou l’explosion. En plus, à court terme, cette méthode qui a fait ses preuves vous apportera un vrai soulagement et vous évitera de dire ou de faire des choses que vous pourriez regretter car la colère et le stress sont de mauvaises conseillères.

La deuxième étape est de prendre du recul. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais c’est la clef si on veut s’en sortir. Prendre du recul au quotidien cela veut dire relativiser. Parfois on se comporte comme si notre vie dépendait de toutes nos obligations professionnelles. Ce dossier qui doit être rendu dans deux jours et la pression liée à l’urgence qui va avec, justifient-t-ils tous les nœuds que l’on se fait au cœur, à l’estomac et au cerveau ? Cela vaut-t-il que l’on en néglige sa santé, son couple, sa famille ? Cela justifie-t-il que l’on se montre désagréable ? Y-a-t-il vraiment mort d’homme ? L’enjeu est-il important au point que l’on se mette dans tous nos états ? Il y a quelques jours, deux cadres du service RH d’une grande entreprise m’ont spontanément sortis lors d’une réunion qu’ils avaient intérêt à ce que le dossier soit bouclé au plus vite car sinon ils allaient « se retrouver plongés dans un bain d’acide en interne ». L’image est forte et à la hauteur de la pression subie. Même si cette phrase a été formulée avec humour, il n’en reste pas moins que comparer sa situation à un bain d’acide n’est pas neutre.

Dans la série des premières étapes il faudra ensuite naturellement s’attaquer aux causes pour que la pression ne devienne pas permanente et lister les situations, les personnes qui sont à l’origine de votre mal être car sinon la situation ne risque pas de changer d’elle-même, comme par miracle.

Pourquoi est-il important de différencier la pression que l’on se met de celle que l’on nous impose ?
C’est très important pour des raisons d’efficacité. Encore une fois c’est par ce que la source du problème est identifiée que l’on peut agir dessus, donc si l’on n’a pas conscience que le problème vient de soi on ne s’en sortira jamais et l’on pourra continuer longtemps à maugréer et à pester contre la terre entière. Si la terre entière n’est pas à l’origine de votre problème cela ne sert à rien. Dans mon livre je consacre un chapitre entier à la pression qui vient de soi car elle est souvent ignorée et cette pression peut prendre plusieurs formes en fonction de son caractère et de son vécu. Untel est sous pression parce que trop perfectionniste, untel parce que trop ambitieux, tel autre parce que trop speed. Une fois que l’on a repéré nos petits travers et les raisons pour lesquelles on en est arrivé là, ce sera plus facile d’adapter notre comportement et donc de relâcher la pression.

Résister à la pression nécessite-t-il de savoir s’imposer ? Que faire dans ce cas si l’on est timide ou que l’on manque de confiance en soi ?
Je ne dirai pas « s’imposer » car dans ce mot il y a quelque chose de brutal. Je dirai plutôt « se positionner ». Si vous avez un positionnement clair et que vous agissez en fonction de ce positionnement, vous devenez alors cohérent et les gens suivent. Bien sûr lorsque l’on est timide ou que l’on manque de confiance en soi, cela nécessite de faire un vrai travail sur soi. Mais dans tous les cas cela commence par une mise au point car nous avons tous et toutes de la valeur et nous méritons tous et toutes d’être traité(e)s dans notre travail (comme dans notre vie en général d’ailleurs) avec respect et avec dignité. Concrètement ça veut dire quoi ? Ça veut dire que si vous souhaitez être respecté(e) il ne faut pas hésiter à exprimer votre position c’est-à-dire vos attentes, vos contraintes, ce que vous êtes en mesure de faire, comment vous êtes en mesure de le faire mais aussi ce que vous ne pouvez pas faire. Se positionner c’est aussi se dire que parfois il faudra dire « non » ; que ce n’est pas toujours facile mais que c’est le point de départ pour faire comprendre à vos interlocuteurs ce qu’ils sont en mesure d’attendre de vous. Un point important : exprimez toujours votre position sans accuser ou mettre en cause l’autre, positivement, à la première personne et calmement. Regardez les personnes dont on dit qu’elles « en imposent », elles ne s’agitent pas en tous sens et ne s’énervent pas pour exprimer leur point de vue.

Vous placez le harcèlement à part dans les sources de pression. Qu’est-ce qui le particularise ?
Oui, c’est une pression totalement à part. D’ailleurs j’y consacre là-aussi un chapitre complètement dédié. Le mot « pression » dans le cas du harcèlement devient tout d’un coup un mot trop faible car  là nous sommes confrontés à de la violence, de la perversité, de la manipulation psychologique, des agressions verbales voire physiques et puis (car il est toujours utile de le rappeler) à un délit puni par la loi.

Lorsque l’on est victime de harcèlement moral ou sexuel il est essentiel de se faire aider car la violence subie est si perverse que la victime peut être poussée malgré elle à prendre de mauvaises décisions très impactantes pour son avenir personnel et professionnel. L’aide est multiple : médicale, sociale, juridique, amicale. Dans tous les cas la personne ne doit pas restée isolée et ne doit pas s’enliser dans le silence car le « pervers manipulateur » (c’est le nom officiel du bourreau à l’origine de cette pression) utilise à loisirs l’isolement de sa victime pour mieux la détruire (le mot n’est pas exagéré).

Comment acquérir le réflexe de relativiser les sources de stress du quotidien ?
Ce n’est pas un réflexe facile à acquérir. C’est la raison pour laquelle il faut recourir à de petites astuces, comme la mise en place de citations inspirantes par exemple ou encore comme le fait de se rappeler matin, midi et soir ce qui est vraiment important pour soi. Voici mes deux citations fétiches très utiles face à la pression au travail, que j’emporte toujours avec moi et que je lis quand je sens que je vais me laisser submerger par la vague des problèmes au travail :

« Lorsque tu fais quelque chose, sache que tu auras contre toi, ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui voulaient le contraire, et l’immense majorité de ceux qui ne voulaient rien faire. »
Confucius

« Rire souvent et beaucoup ; gagner le respect des gens intelligents et l’affection des enfants ; savoir qu’un être a respiré plus aisément parce que vous avez vécu. C’est cela réussir sa vie. »
Ralph Waldo Emerson

Pourquoi sortir de sa zone de confort professionnel peut être bénéfice pour améliorer notre bien-être au travail ?
Sortir de sa zone de confort, c’est-à-dire de sa routine, de ses habitudes (bonnes ou mauvaises mais confortables parce qu’on les connait) c’est oser le risque, c’est oser l’inconnu, c’est oser aller vers ses véritables aspirations, ses véritables rêves et prendre sa vie en main. Nous avons tous plus ou moins été éduqués avec cette idée qu’il ne faut pas lâcher la proie pour l’ombre. Résultat des courses : combien d’entre nous exercent un métier pour lequel il n’éprouve aucune passion, aucune envie et qui se résume à fournir de quoi payer les factures ? Combien d’entre nous se sont résignés et n’envisagent plus aucun changement possible ? Et pourtant. Avez-vous pensez à changer de lieu, d’employeur, de ville, voire de métier ? Ce n’est pas de l’utopie. Bien sûr cela ne sera pas facile, cela nous obligera à faire des efforts, à nous dépasser et surtout à dépasser nos peurs mais d’autres adages populaires nous disent aussi que « qui ne tente rien n’a rien » et « qu’on a qu’une vie », alors allons-y !

Avocate de formation, Michelle Jean-Baptiste a une vie professionnelle riche et variée : enseignante, chroniqueuse, coach en développement professionnel… Elle a aussi auteur de plusieurs livres, dont Libérez-vous de la pression au travail, paru aux éditions Fortuna.

Source: www.femininbio.com

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