Interview exclusive à Jeune Afrique

Les vérités du Chef de l'État à l'opposition politique

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C’est l’une des rares fois que le Président de la République Togolaise s’exprime depuis le début de la crise politique qui secoue Lomé. A l’occasion et dans les colonnes de Jeune Afrique, Faure Gnassingbé s’est montré ferme. Même sur les questions qui fâchent._

Aucune question n’est esquivée. Aucune remonte hypocrite n’est constatée. Et chacun de ses mots est resté conforme à l’exigence et la gravité de la crise politique en cours. Faure Gnassingbé est resté ferme. Il a renoncé à se dérober. Et il donne le ton quand son interviewer lui demande pourquoi un retour à la Constitution de 1992 n’est pas envisageable à ses yeux. Le Président de la République Togolaise répond : « La Constitution de 1992 était une Constitution partisane adoptée par une Assemblée monocolore. Elle a été rectifiée en 2002 par une autre Assemblée monocolore. Il fallait donc sortir de cette dichotomie des extrêmes et convenir d’un texte consensuel ».

Ainsi, l’homme bat en brèche cette insistance ignorante des opposants à vouloir revenir au texte constitutionnel de 1992. En se basant sur les réflexions les plus avertis des constitutionnalistes du monde et sur sa volonté de renforcer la démocratie au Togo, le Président a tranché. Tout comme sur la rétroactivité ou non du texte à adopter. « Faisons les réformes, évitons de les personnaliser. Ne mélangeons pas les sphères politique et juridique. Les constitutions disposent pour l’avenir, non pour le passé », dixit le locataire du Palais de Lomé 2. Et c’est en cela que si le projet soumis à l’Assemblée venait à être adopté par référendum, il ne fait pas amalgame de sa présentation ou non à l’élection présidentielle de 2020 puis de 2025 même si cela insupporte ses adversaires politiques : « Je comprends leur impatience, bien sûr. Mais les épreuves que nous avons connues dans le passé doivent nous enseigner une chose essentielle : il faut respecter l’État de droit. Il n’y a pas d’autre moyen d’accès à la magistrature suprême que les élections. Il faut faire confiance au peuple togolais et, pour cela, l’interroger plutôt que de parler à sa place ». Une fermeté politique pour balayer du revers de la main les différentes contorsions sémantiques sur lesquelles surfent l’opposition. C’est en cela qu’il privilégie le dialogue et renonce à une conférence bis. Et il se veut catégorique. Il refuse de fléchir et reste droit dans ses bottes même en ce qui concerne le regard international sur la crise que traverse son pays tout en refusant de quémander une certaine sympathie diplomatique.

A la question de François Soudan : Une prochaine rencontre à l’Élysée est-elle envisageable?, Faure Gnassingbé répond : « Je ne suis pas demandeur pour l’instant. Je préfère me consacrer en priorité à nos problèmes internes ». Au fil des réponses, la même personnalité et la même conviction jaillissent. Le Président de la République Togolaise refuse de se laisser distraire par une crise politique menée par des individus de qui il refuse des leçons de démocratie : « L’opposition n’a pas de leçons de démocratie et de respect des droits de l’homme à me donner ». Il reconnait être alors objet de toutes les insanités politiques parce qu’il s’appelle GNASSINGBÉ. Un patronyme auquel il ne renoncerait pas pour plaire à ses adversaires politiques et qui n’a aussi rien à avoir avec les transformations politiques et économiques que vit le Togo depuis 2005. « Le Togo d’aujourd’hui, tous les observateurs, toutes les institutions internationales le reconnaissent, n’a plus guère à voir avec celui d’hier. Ce changement, je l’ai fait avec mon parti, qui s’est transformé, et avec les Togolais de bonne volonté. Si la presse est ce qu’elle est ici, libre et pugnace, si les manifestations de l’opposition peuvent se dérouler sans encombre, c’est bien parce qu’il y a eu dépénalisation des supports essentiels de la démocratie formelle », conclut Faure Gnassingbé.

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